Critique de cinéma en classe
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Critique de cinéma en classe

Petit historique de la critique de cinéma en France

La critique de film et l'éducation au cinéma #1

publié le 24/03/2026

Dans le cadre du dispositif Lycéens et apprentis au cinéma coordonné par Les 2 Scènes, nous travaillons autour de l'articulation entre critique cinématographique et éducation au cinéma. Pour brosser un rapide historique de la critique de cinéma en France, nous avons fait appel au spécialiste de cinéma Jean-François Buiré, intervenant régulier pour notre dispositif.  

La critique de cinéma a eu des modes d'expression variés : radio, télévision, internet. On s'en tiendra ici à un bref historique de la critique sous sa forme écrite, et en France.

Premiers pas

Il semble que les premiers textes manifestant une intention critique qui va au-delà de la promotion publicitaire et du résumé de scénario soient parus dans la presse en 1908, à l'occasion de la sortie du film L'Assassinat du duc de Guise. Cette première expression critique s'inscrit encore dans l'ombre de la critique littéraire et théâtrale.

Le baptiseur

En 1911, Ricciotto Canudo, écrivain italien établi en France, critique d'art et littéraire, contribue par ses écrits sur le cinéma à ce qu'il soit considéré comme un art — le « Septième », selon l'expression qu'il forge.

Expansion

En 1916, la sortie en France de Forfaiture (The Cheat) de Cecil B. DeMille suscite par ses audaces esthétiques et morales de nouvelles vocations d'écriture. Les premières grandes individualités critiques ont pour noms Louis Delluc et Émile Vuillermoz. La romancière Colette s'essaie à la critique de films, qui fera l'objet d'une quasi exclusive masculine jusque dans les années 1990. Delluc écrit avec ferveur, invente des termes qui resteront (« cinéaste », « ciné-club »). Le nombre de publications consacrées au cinéma augmente. Si la cinéphobie subsiste dans la critique littéraire, des poètes de renom (dont Apollinaire, Artaud, Desnos, Péret et Soupault) se passionnent pour le cinéma. Grâce au critique d'art Élie Faure et aux cinéastes Jean Epstein et Germaine Dulac, une théorie esthétique du cinéma dans ses composantes spatiales et temporelles se développe, que ce soit pour le rattacher aux autres arts ou pour l'en distinguer. En 1928, Jean George Auriol crée La Revue du cinéma : sa courte durée (trois ans) est inversement proportionnelle à son influence (rigueur dans l'écriture, pluralité d'approches, amour du cinéma exacerbé, autant de qualités que des périodiques ultérieurs cultiveront).

Renouveau

Après des années 1930 assez pauvres en termes d'activité critique et théorique, et la période de l'Occupation peu propice à la libre expression, un renouveau éclatant a lieu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, favorisé par l'activité de la Cinémathèque française et des ciné-clubs. La « cinéphilie » déchaîne les passions et devient une activité quasi spécialisée. La Revue du cinéma reprend brièvement, puis deux nouveaux mensuels s'imposent : les Cahiers du cinéma et Positif, frères ennemis et rivaux. Les Cahiers confirment l'importance du plus grand penseur de cinéma de son temps, André Bazin, dont certains textes sont de courts essais de philosophie esthétique, et voient naître une génération de jeunes critiques incisifs — Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer, Chabrol — qui formeront plus tard la « Nouvelle Vague » du cinéma français. Leur revendication critique principale, la « politique des auteurs », deviendra dominante, pour le meilleur et pour le pire : cette attribution du mérite et de la responsabilité artistique d'un film au ou à la cinéaste ne signifiait nullement que tout·e réalisateur·rice manifestant des intentions artistiques pourrait être proclamé·e « auteur·rice », or c'est ce qui, avec le temps, a eu tendance à se produire. Marquée à gauche, athée et surréalisante, la revue Positif préfère, à l'esthétisme des Cahiers teinté de spiritualisme, les thématiques propres aux cinéastes.

Tassement

Les années 1960 sont celles d'un pic d'intérêt pour le cinéma qui voit les revues (parfois spécialisées dans des niches telles que le cinéma fantastique) se multiplier.  Toutefois, ce pic est suivi d'une mise au second plan de la cinéphilie lorsque la société française connaît les bouleversements politique et culturels couronnés par les événements de Mai 68. Les Cahiers du cinéma versent dans le gauchisme le plus effréné, au risque de se couper définitivement du public et du « monde du cinéma » ; vers le milieu des années 1970, ils partiront à leur lente reconquête. En 1976 paraît Première, un magazine voué au succès : celui des films qu'il met en avant, et celui de ses ventes qui laissent les revues plus « élitistes » loin derrière lui.

Affaissement et nouvelles formes

Chute des entrées en salles, diminution de l'importance sociale et culturelle du cinéma au profit de médias beaucoup plus puissants (télévision, vidéo, bientôt internet) : face à cet affaiblissement généralisé, la critique ne peut qu'évoluer. En 1981, le départ des Cahiers du cinéma pour Libération du meilleur critique de l'époque, Serge Daney, est significatif : c'est vers des périodiques modernes d'information ou de culture générale tels que ce quotidien, mais aussi Les Inrockuptibles et Télérama, que se déplace la capacité de prescription et de diffusion d'un « goût » cinéphile. Comme pour compenser le caractère éphémère de ces publications, des revues de fond naissent — Vertigo, Cinémathèque, Trafic, Cinéma — où l'activité critique coexiste avec des essais historiques et théoriques. Surnagent enfin, au sein du grouillement d'expressions multiples que permet l'internet, quelques revues en ligne plus ou moins exigeantes, parfois doublées d'une édition papier : Hors champ (canadienne, ce fut historiquement la première revue de cinéma en ligne et en langue française), Mille huit cent quatre-vingt-quinze, Critikat, Dvdclassik, Débordements, Le Rayon vert, Des nouvelles du front cinématographique, Dérives autour du cinéma.

 

Parmi les autres ressources en ligne, on peut consulter avec profit le site Calindex, qui indexe un grand nombre de périodiques portant sur le cinéma, et, si l'on s'intéresse au critique Serge Daney, le portail qui lui est consacré.

 

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