Les deux scènes

Les deux scènes
  • Vendredi 18 Novembre à 18h30
  • Mercredi 23 Novembre à 18h30
  • Dimanche 27 Novembre à 16h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

INSIANG

LINO BROCKA - 1H35, PHILIPPINES, 1976

AVEC HILDA KORONEL, MONA LISA, RUEL VERNAL

Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya. Les deux femmes hébergent également la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maïtresse. Insiang se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où chômage et alcoolisme font partie intégrante du quotidien. Elle ne cesse de presser son petit ami Bebot de l’épouser afin de quitter ce lieu de misère au plus vite. Un jour, Tonya chasse sa belle-famille de chez elle et ramène à la place son nouvel amant, Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle « belle-fille »...

Tourné en onze jours seulement, dans un geste fou de rage et de détermination, Insiang affiche une mise en scène « à l’os », qui ne dévie pas d’un poil de l’action ni du sujet, suivant simplement, mais avec une grande assurance, les élans et les stations successives de ses personnages, comme autant de configurations de désir et de domination mêlés. Le film supplante magistralement le misérabilisme par la vigueur de son exploration sociale, rebondissant de personnage en personnage, à travers un portrait proliférant du bidonville, de ses figures, de ses lieux stratégiques. À mi-parcours, il se replie sur la triangulation perverse s’établissant entre la mère, sa fille et le « beau-père » qu’elles se partagent, jusqu’à révéler qu’il n’existe là-dedans ni victime ni bourreau, mais un sac
de frustrations et de pulsions ingérables, car exténuées par la claustration de l’environnement. En revers immédiat de sa force politique, Insiang se révèle aussi un grand film sur l’écrasement de la beauté, l’impossibilité de son rayonnement dans ces poches de misère qui fleurissent dans les moindres recoins des sociétés malades. Lors d’une fin splendide, dont nous ne dirons rien, le film semble se retourner sur lui-même et vient rappeler que si l’homme est un loup pour l’homme, c’est encore la femme qui est le plus souvent victime de ses crocs.

Mathieu Macheret, Le Monde