Les deux scènes

Les deux scènes
  • Jeudi 30 Mars à 17h30
  • Samedi 1 Avril à 18h30
  • Mardi 4 Avril à 20h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€
Mardi 4 avril : suivi d'une rencontre avec Emmanuel Parraud, réalisateur du film

Sac la mort

EMMANUEL PARRAUD - 1H18, FRANCE, 2017

Avec PATRICE PLANESSE, CHARLES-HENRI LAMONGE, NAGIBE CHADER

À La Réunion, Patrice tente de ne pas sombrer dans la folie d’une île hantée par les stigmates du colonialisme. La mort rôde. Il fuit, patine, fuit encore, dans un étrange road movie immobile.

Il y a sept ans, Emmanuel Parraud rencontre Patrice Planesse et Charles-Henri Lamonge à La Réunion. « Ils étaient ivres mais lucides sur ce qui nous séparait », résume-t-il. Ils sont devenus amis, le cinéaste leur a consacré un premier film en 2010 (Adieu à tout cela) et aujourd’hui ce Sac la mort dont Patrice est le protagoniste principal. Ce dernier est un cafre, un descendant d’esclaves d’origine africaine, une catégorie sociale encore souvent marginalisée à La Réunion. Lorsqu’ils étaient esclaves, on les tenait par l’alcool et ils ont gardé le goût excessif du rhum. Alors, comment filmer Patrice et ses amis sans condescendance ou misérabilisme ? Sac la mort choisit la plus belle des solutions : il n’en fait pas les sujets d’un documentaire, mais il leur offre une fiction inquiétante et drôle,
à la mesure de leur marginalité, de leur dignité, de leur ivresse. Ça passe notamment par un rythme très particulier, une forme de flottement constant, du récit aussi bien que des sens. Une ivresse insoumise à l’urgence, propice aux errances et aux conversations aventureuses. Mais la parole vaut ici bien plus qu’une discussion d’ivrognes. Le film est en créole, une langue qui ne cesse de triturer le français. On songe à d’autres cinéastes qui ont su saisir une comparable réinvention de notre langue : Rouch en Afrique de l’Ouest, Perrault au Québec ou, plus récemment, Jean-Charles Hue avec la communauté yéniche. Comme eux, Emmanuel Parraud part sur des terrains cinématographiquement repérables (le polar, le fantastique) pour mieux déterritorialiser le cinéma en le frottant à une parole, une temporalité et un imaginaire encore inexplorés.
Marcos Uzal, Libération