Les deux scènes

Les deux scènes
  • Mardi 7 Août à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

COMME DES ROIS

XABI MOLIA - 1H38, 2017

AVEC KAD MERAD, KACEY MOTTET KLEIN, SYLVIE TESTUD

Joseph ne parvient pas à joindre les deux bouts. Sa petite entreprise d’escroquerie au porte-à-porte, dans laquelle il a embarqué son fils Micka, est sous pression depuis que le propriétaire de l’appartement où vit toute sa famille a choisi la manière forte pour récupérer les loyers en retard. Joseph a plus que jamais besoin de son fils, mais Micka rêve en secret d’une autre vie. Loin des arnaques, loin de son père... 

Pour Joseph, l’arnaque est une sorte d’artisanat familial. Son fils Micka, tout juste majeur, n’a pas le choix. Il est sommé de participer, d’apprendre le savoir-faire, les risques et les ficelles du business, des ventes douteuses au porte-à-porte avec abus de confiance et autres menus larcins. Mais à l’heure d’Internet et de la crise économique, la débrouille d’autrefois ne paie plus. La petite « entreprise » périclite. Joseph, qui fait vivre toute la tribu, grand-mère comprise, est criblé de dettes. Il est toujours plus tendu, plus exigeant, tandis que Micka rêve d’ailleurs, de Paris, et d’un autre art du mensonge : le métier d’acteur.
Xabi Molia — dont on avait aimé Les Conquérants et 8 fois debout — nous immerge dans l’ordinaire bétonné et frissonnant d’un coin de banlieue, avec ses tours, ses entrepôts, ses pavillons. Un monde géométrique et morose qui contraste avec l’humanité de ses personnages. Il tisse et détricote les liens entre un père à bout d’expédients et son fils à bout de patience, entre la transmission et l’emprise, entre l’amour inconditionnel et la nécessité. Rien n’est tragique, ni simple, tout est irrigué par l’énergie des plans-séquences, véritables ballets du quotidien. Du portrait de famille (dont Sylvie Testud en épouse solide de Joseph) à celui d’un quartier rongé par la précarité, le cinéaste sait trouver l’équilibre entre noirceur et chaleur, entre une fine observation de la réalité sociale et la complexité de ses héros. Kad Merad, tout en énergie et en anxiété rentrée, figure paternelle à la fois touchante et ambiguë, trouve en Joseph l’un de ses grands rôles. Quant à son partenaire, Kacey Mottet Klein, grand jeune homme sensible, il est si habité, si convaincant, qu’il nous offre un véritable film dans le film avec son propre récit d’apprentissage.

Cécile Mury, Télérama