Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Frontières/ UN PAESE DI CALABRIA
  • Lundi 1 Octobre à 20h30
  • Jeudi 4 Octobre à 18h30
  • Mardi 9 Octobre à 17h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

UN PAESE DI CALABRIA

SHU AIELLO & CATHERINE CATELLA – 1H30, FRANCE, ITALIE, SUISSE, 2017

Un jour, un bateau transportant deux cents kurdes échoue sur la plage de Riace. Spontanément, les habitants du village leur viennent en aide. Petit à petit, migrants et villageois vont réhabiliter les maisons abandonnées, relancer les commerces et assurer un avenir à l’école. C’est ainsi que chaque jour depuis 20 ans, le futur de Riace se réinvente.

Un film apporte la bonne nouvelle. Un paese di Calabria nous dit que Riace se repeuple et revit, tient tête, tient parole. Cet avant-poste de l’Europe est aussi son avant-garde. Un film fait l’éloge d’un lieu et de ses habitants : les anciens ou les exilés (les arrivés, les partis), les habitués (du café) et les infatigables (de la lutte), les fidèles, les électeurs. Le film se termine sur les scènes entourant la réélection ou non du maire de la commune, qui mène avec les gens de Riace, depuis dix ans au moment du tournage, d’une part une politique d’hospitalité durable, d’autre part une stratégie de résistance aux intimidations de la mafia du coin, la ‘Ndrangheta. Riace est un pur exemple, exemplairement pris à la réalité, réel donc réalisable, donc reproductible, et souhaitable, évident, indiscutable. À l’appui de leur plaidoyer, les réalisatrices Shu Aiello et Catherine Catella font intervenir une autre voix, celle d’une femme racontant son départ, en 1931, de Riace pour la France – rappelant que l’Italie du Sud a longtemps été une terre d’émigration avant d’être une terre d’immigration : le rappelant aussi bien pour expliquer l’hospitalité actuelle (en un mouvement du présent vers le passé) que pour l’affirmer (en un mouvement du présent vers l’avenir, ou de ce lieu vers d’autres). Si un documentaire n’est rien d’autre qu’un film de propagande pour l’humanité, fabriquant les documents d’un bonheur réel, possible ou souhaitable, donnant des matériaux pour sa construction, Un paese di Calabria appartient au genre, avec sa poétique de l’exemple et son imparable tendresse.
Luc Chessel, Libération