Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Prévert et le Cinéma/ LE JOUR SE LÈVE
  • Mercredi 7 Mars à 16h30
  • Mercredi 7 Mars à 20h15
  • Lundi 12 Mars à 18h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

LE JOUR SE LÈVE

MARCEL CARNÉ - 1H37, FRANCE, 1939

DIALOGUES JACQUES PRÉVERT

AVEC JEAN GABIN, JULES BERRY, JACQUELINE LAURENT, ARLETTY

François vient d’assassiner Valentin. Au comble du désespoir, il s’est barricadé dans son appartement. Tandis que la police l’assiège, il se repasse en pensée les événements qui l’ont conduit au crime.

« Y’a plus de François... laissez-moi seul, tout seul, je veux qu’on m’foute la paix ! » : ce cri lancé par Gabin cerné par les badauds et les policiers est toujours aussi poignant. Il ne veut pas sortir de sa tour de garde, François, cet ouvrier qui a dit non à l’humiliation, cet assassin par amour qui fait front une dernière nuit. Comment en est-il arrivé là ? Pour répondre, Marcel Carné utilise le flash-back pour la première fois dans un film français parlant et place un panneau explicatif au début : « Un homme a tué. Enfermé, assiégé dans une chambre, il évoque les circonstances qui ont fait de lui un meurtrier. » Gabin est d’une modernité incroyable : naturel et sexy en prolo amoureux, il devient franchement animal lorsque cette saleté de fatalité (incarnée par Jules Berry, génial) le piège. Alors, tournant dans sa chambre comme une bête en cage, il fume ses dernières cigarettes de condamné. Et puis, il y a Arletty, gouailleuse triste, à laquelle Jacques Prévert offre des répliques en or. Accoudée au balcon de l’hôtel où elle vit, de l’autre côté de la rue, elle dit à son amant d’une petite voix faussement dégagée, et bouleversante : « Heureusement qu’on s’aime pas. J’aurais bien voulu que ça continue. Seulement, moi, j’habitais ici et toi juste en face... C’était trop loin. »
Guillemette Odicino, Télérama