Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Frontières/ L'HÉROÏQUE LANDE, LA FRONTIÈRE BRÛLE
  • Vendredi 5 Octobre à 18h30
  • Samedi 6 Octobre à 16h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

L'HÉROÏQUE LANDE, LA FRONTIÈRE BRÛLE

ÉLISABETH PERCEVAL & NICOLAS KLOTZ – 3H45, FRANCE, 2018

En hiver 2016, la Jungle de Calais est une ville naissante en pleine croissance où vivent près de 12 000 personnes. Au début du printemps, la zone Sud, avec ses commerces, ses rues, ses habitations, est entièrement détruite. Les habitants expulsés déplacent alors leurs maisons vers la zone Nord, pour s’abriter et continuer à vivre. En automne, l’État organise le démantèlement définitif de la Jungle. Mais la Jungle est un territoire mutant, une ville monde, une ville du futur ; même détruite, elle renaît toujours de ses cendres.

L’immortalisation par l’image de cette Jungle de Calais est d’autant plus essentielle que celle-ci, bâtie sur la boue, sous la pluie et dont la structure fragile ne tient qu’à quelques morceaux de tôles rafistolés et à d’autres bouts de grillages prêts à s’écrouler d’un moment à l’autre, abrite une vie condamnée à être forcément éphémère. La police rôde, les incendies y sont fréquents et la menace du démantèlement pèse sur les exilés qui y habitent. Chassés de chez eux, pourchassés tout au long de leur périple et non désirés par le gouvernement du pays où ils ont élu domicile en attendant de pouvoir traverser la Manche, ils peuplent la Jungle, occupent l’espace d’un film de 3h45 et sont de tous les plans. Jamais, au cinéma, l’on n’avait osé leur donner autant la parole. Le tandem de documentaristes Élisabeth Perceval et Nicolas Klotz alterne ici avec subtilité les témoignages et les instants de vie, la détresse et la joie, le bruit des bâches et du vent, la musique et les cris, l’oppression et la libération. Malgré l’évidence de l’importance qu’occupe la crise migratoire dans l’actualité, de tels projets ne courent pas les rues. Cette frilosité du cinéma à aborder frontalement cette crise qui hurle à nos portes a ici déserté la démarche des deux documentaristes qui ne pouvaient pas mieux aborder le sujet : à savoir réaliser un film qui, simplement, donne à voir ceux que l’on ne veut pas regarder, donne à entendre ceux que l’on ne veut pas écouter.
Corentin Lê, Critikat